C’est la flaque sous mon châr, que dois-je fâre ?

C’est le matin, vous venez de vous réveiller, vous entamez votre traditionnelle salutation au soleil face à votre van et remarquez sous ce dernier une tâche qui n’était pas là la veille. Ne prenez pas la fuite, nous allons découvrir ensemble de quoi il retourne.

Avant tout, vérifiez qu’elle provienne bien de votre véhicule.

Il se peut en effet que ce soit une tâche déjà présente avant que vous ne vous gariez là, ou simplement de l’eau issue d’une petite pluie ou de condensation. Si la flaque est fraîche, n’est pas de l’eau ou que vous en retrouvez systématiquement sous votre véhicule, la suite de l’article est faite pour vous.

Enfilons donc notre plus belle redingote en tweed et pipe vissée au bec, tentons de résoudre l’énigme du circuit coupable, en deux chapitres :

  • A quel endroit que ça fuit ?
  • Qu’est ce que c’est quoi que ce liquide ?
Salu lé fille.

1. Repérer l’emplacement de la fuite.

La première chose à faire, c’est de vous baisser et regarder là-dessous comment ça se présente. En fonction de la positon de la flaque vous allez pouvoir estimer la localisation de la fuite et commencer à résoudre une partie du problème.

Voici comment se présente schématiquement la répartition des différents circuits contenant du liquide sous votre véhicule :

Petite précision concernant cette illustration : elle est calquée sur un modèle de van à propulsion (entrainant les roues arrières) avec direction assistée et sans capot avant (le moteur est situé sous les sièges), soit 90% des vans que vous trouverez à l’autre bout du monde.

  • Si vous avez un véhicule traction (le moteur entraine les roues avant) : vous n’aurez plus d’arbre de transmission en l’avant et l’arrière. Le différentiel arrière (n°5) n’a plus lieu d’être et la partie 3, ne contenant que votre boîte de vitesses, est donc réduite.
  • Si vous avez un capot donc un moteur devant vous (donc plutôt une voiture) : les parties 1, 2, 3, 6 et 7 seront simplement plus avancées par rapport à vos roues avant.

Seconde précision, les couleurs ci-dessus n’ont pour but que de vous aider à y voir clair dans cette schématisation. Elles ne représentent pas la couleur du liquide contenu.

Justement la couleur du fluide, son aspect ainsi que son odeur sont autant de critères nécessaires pour obtenir la clé du mystère. En fins limiers, loupe à la main et chapeau sur la tête, passons donc à notre seconde partie.

Passion carreaux.

2. Identifier le type de fuite.

Trouvez-vous un morceau de carton clair ou une feuille de papier blanche et déposez-y un petit échantillon de liquide en fuite.

A l’aide du tableau de classification ci-dessous, notre analyse va se dérouler en 3 temps :

  • Dans un premier temps, regardez sa couleur, puis reportez vous au tableau et voyez de quoi elle se rapproche.
  • Dans un second temps, portez le liquide à votre nez et tentez de reconnaitre son odeur.
  • Enfin au toucher, vous allez déterminer l’aspect du fluide, plutôt liquide ou visqueux, fin ou épais, etc.

3. Que faire ensuite ?

Tournons-nous à présent vers le Docteur Jean-Michel Ouate, assistant spécialiste de son état. Équipé d’un Gravitomètre TX 132 dernier cri, il va procéder à une graduation du problème présenté par ladite fuite, en conséquence de quoi nous estimerons la suite à donner.

Alors là je clique, ça j’éclaire, là je tourne, c’est élémentaire.

Huile moteur : alerte jaune / orange.

Si la fuite est de faible ampleur ce n’est pas un problème très grave. Pour vous en assurez, veillez à vérifier votre niveau d’huile sur le moment et un peu plus fréquemment qu’une fois par mois. Si le niveau ne chute pas trop vite ou brusquement, pas d’inquiétude.

Si votre niveau passe sous la marque basse de la tige il est fort probable que la fuite soit plus importante. Surtout ne roulez pas avec un niveau d’huile au plus bas et passez au garage dès que vous le pouvez.

Liquide de refroidissement : alerte jaune / orange.

Souvent la fuite de liquide de refroidissement apparait sur l’avant du véhicule (proche du radiateur), mais il y a une possibilité que vous puissiez en retrouver ailleurs, notamment si votre van est équipé d’un chauffage d’appoint à l’arrière (comme c’était le cas du nôtre).

Une petite fuite de liquide de refroidissement ne mettra pas en danger votre vieux moteur. Commencez par vérifier votre niveau de liquide dans le vase d’expansion et voir si celui-ci est sous la marque basse. Vous pouvez également attendre que votre moteur soit froid et regarder sous le bouchon de radiateur. Si vous ne voyez pas de trace de liquide de refroidissement là dedans c’est que vous devez être au plus bas. Dans ce cas, direction le garage le plus proche.

Attention : ne prenez pas la route en étant au niveau bas, rechargez en liquide de refroidissement ou en eau le cas échéant (solution uniquement provisoire pour quelques kilomètres en hiver).

Huile de boîte à vitesses/transmission : alerte orange. 

Un joint doit fuir à quelque part et nécessite une petite réparation. Si vous conduisez une automatique, un signe avant-coureur de fuite apparait lorsque la vitesse supérieure s’enclenche difficilement ou pas du tout.

Liquide de freins : alerte rouge.

Nécessaire au freinage, c’est une des fuites les plus dangereuses. Même en petite quantité elle peut modifier le comportement de votre véhicule lorsque vous freinez. Direction le garage sans perdre de temps.

Huile de différentiel arrière : alerte jaune / orange.

Nécessitera une réparation mais vous pouvez rouler, sauf si la quantité est trop importante. En effet, le bloc de différentiel arrière ne contient qu’une petite quantité d’huile, à surveiller donc.

Liquide de direction assistée : alerte rouge.

Comme précédemment, commencez par vérifier le réservoir associé. Si le niveau n’est pas entre les marqueurs de niveaux haut et bas, c’est qu’il y a un problème. Sans intervention rapide les réparations vous coûteront bonbon. Foncez au garage (sans excès de vitesse).

Liquide lave-vitres : alerte jaune.

Un joint doit fuir, mais ne représente aucun danger mécanique.

Carburant : alerte rouge.

Direction le garage. Si votre véhicule est un diesel il n’y a quasiment aucun risque de feu mais il faut réparer. En revanche, si vous roulez en essence, ne démarrez pas et appelez une dépanneuse.

Ce n’est pas parce que le réservoir est situé à l’arrière du véhicule qu’une fuite ne pourrait survenir que dans cette zone. Le carburant circule du réservoir au moteur, vous pourriez donc en retrouver ailleurs.

Attention : Il est possible que vous retrouviez du carburant sous le véhicule dans le cas d’un trop plein. Si vous venez de passer en station service et avez gavé titine comme une oie avant les fêtes c’est certainement le cas.

Remarque : avant de vérifier vos niveaux, assurez-vous d’être stationné sur une surface relativement plane et moteur à froid (ou à peine tiède).

4. Épilogue.

Nous pouvons conclure sur le fait qu’il est important de réaliser une estimation du volume de la fuite subie.

En règle générale, si vous retrouvez une flaque sous votre véhicule, n’attendez pas pour vous en occuper. Non seulement cela vous coûtera moins cher que si le problème s’aggrave, mais vous pourrez également parcourir en plus grande sécurité sur les belles routes de Nouvelle-Zélande.

Enfin, si certaines fuites sont alarmantes à partir d’une faible quantité, gardez également en tête que quelques gouttes par ci par là ne représentent pas un danger. Notamment l’huile moteur, comme on vous le précisait déjà dans cet article.

Voilà, nous arrivons enfin au bout de cette investigation haletante. Vous pouvez à présent vous replonger dans votre morning routine yoguiste en vous sentant un peu plus en paix. Toujours en panne, mais en paix.

Merci à Jean-Michel pour son utilité à forte valeur ajoutée, merci à vous pour votre attention, et n’oubliez pas : même en cas de problème, restez dans le flegme.

A bientôt pour de nouvelles enquêtes passionnantes !

A la tienne Étienne.

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Fuite d’huile : c’est grave Docteur ?

La fuite d’huile, ce n’est pas toujours ce que l’on croit, et pas toujours grave genre direction-l’hôpital-chauffeur. Tentons d’y voir un peu plus clair.

Impossible de croiser un véhicule de PVTiste en Nouvelle-Zélande sans passer par la case « fuite d’huile ». Même sans s’y connaître, le mot fait peur, et si l’on souhaite acheter un véhicule qui a une fuite d’huile ou si l’on s’aperçoit que c’est le cas de son van pendant son PVT, c’est un peu la panique à bord.

Vous trouverez sur internet de nombreux articles professionnels sur la fuite d’huile, ses causes, ses solutions. Ces articles sont écrits par des experts, et renvoient généralement vers une offre de garagiste.

Si nous décidons de nous y intéresser sur le blog, c’est donc pour traiter le sujet comme des PVTistes pour des PVTistes.

C’est à dire : des gens qui roulent sur de vieux véhicules (souvent, des modèles japonais), à petit budget, beaucoup de kilomètres à faire, pas ou peu d’outils, pas l’intention de passer sa vie et ses économies chez un garagiste, et une revente rapide à la fin du voyage.

Parce que vous êtes au bout du monde par rapport à votre garagiste préféré basé à Nantes (vous savez celui à côté de votre travail qui est sympa), on va vous donner notre point de vue acquis par l’expérience du terrain.

Parce qu’en PVT on a pas vraiment de salaire parce qu’on a pas exactement de travail, que les voitures sont quasi toutes Japonaises et réputées immortelles mais qu’en même temps les Nippons ont une notion impromptue du sacrifice, et que pitié TOUT mais pas tomber en panne ou pire : devoir acheter un second véhicule pour remplacer le premier, fini en cube dans une casse à Blenheim (peut-on imaginer fin plus triste ?).


Pascal, votre garagiste à Nantes.

Comme d’habitude, le problème « fuite d’huile », nous y avons aussi été confrontés, et nous avons appris 2-3 trucs utiles au passage.

Une grande majorité de véhicules anciens ont une fuite d’huile.

Même si ça roule, même si c’est un van en super état. Avec autant d’années derrière eux, ces vieux bolides ont TOUJOURS une petite fuite d’huile (insistance sur le « petite »). Ce n’est donc pas une bonne raison pour ne pas acheter, sauf si la fuite est niagaresque, mais ça, on en reparle plus tard.

Donc, si vous faites un « mechanical check » sur un vieux véhicule, vous trouverez souvent la mention « oil leak« , même si la fuite est assez petite pour ne pas vous poser problème. C’est d’ailleurs ce qui nous est arrivé, comme on vous en parle au chapitre 4 de cet article.

L’important est d’arriver à estimer l’ampleur de la fuite d’huile, et donc sa gravité. Avec un véhicule qui présente une petite fuite d’huile il est possible de rouler et faire son PVT avec, puis le revendre sans arnaquer les futurs propriétaires.

Comment savoir s’il y a une fuite d’huile ?

  • Vous êtes en panne. On commence par le pire pour évacuer toute forme de poisse. Le véhicule n’avance plus. Le moteur fume. C’est la PLS. Vous ne saurez que c’était une panne liée à une fuite d’huile que quelques heures plus tard, et vous reprendrez bien un peu de lamb and mint pie pour oublier.
  • Vous jetez un œil sous le capot et plusieurs éléments sont couverts d’huile. Soit vous ou vos prédécesseurs en avez renversé en refaisant le niveau, soit un joint ou une durite ont lâché et aspergé d’huile d’autres composants.
  • Votre niveau d’huile baisse anormalement vite, vous devez renouveler l’huile trop fréquemment. Un contrôle des niveaux doit être effectué à la fréquence d’une fois par mois. Si le niveau d’huile est systématiquement très bas, c’est mauvais signe : direction le garage.
  • Votre voyant de pression d’huile du moteur s’allume pendant la conduite. Il vous signale que la pression d’huile du moteur est insuffisante, potentiellement lié à une fuite dans cette zone. Dans ce cas c’est arrêt du moteur direct, puis contrôle du niveau d’huile à froid. Rajoutez-en si besoin et assurez vous qu’au redémarrage le témoin s’éteigne.

Attention, si le voyant s’allume alors que le niveau est correct, ou bien reste allumé malgré l’appoint, ne reprenez pas la route dans cet état. Faites appel à une dépanneuse, direction le garage.

  • Le vendeur du véhicule que vous visitez vous le dit. Au moins il est honnête. Vérifiez par vous-même à l’essai ou programmez un mechanical check. S’il vous décrit même sa « routine huile » : « là t’as la bouteille dans l’coffre moi j’en remets un coup tous les 50-100km bon ça va c’est facile » (c’est sympa, c’est cuisine). vous vous devez de FUIR.
  • Vous avez découvert cette fuite à la suite d’un mechanical check. Cela va surtout vous en dire plus sur son état et sa cause. Si vous voyez écrit « oil leak » sur le rapport ou toute autre anomalie, pointez-la du doigt au garagiste qui vous donnera son avis et, kiwi comme il est, sera super franc et sympa avec vous.
  • Vous remarquez une grosse tâche ou une flaque sous votre véhicule garé. Vous êtes resté garé quelques heures au même endroit. Le liquide sous le véhicule ne vous semblait pas être là avant et parait venir de la voiture. Vous touchez, c’est visqueux et de couleur sombre (surtout avec un diesel). Vous faites face à une fuite d’huile de votre bloc moteur.

Pour en savoir plus sur la marche à suivre lors de la découverte d’une fuite sous votre véhicule, nous vous renvoyons à notre article complet sur le sujet.

Quel risque représente une grosse fuite d’huile ?

Sans huile, le moteur est menacé (*musique dramatique*).

L’huile lui permet de se refroidir, de limiter les frottement, les risques de corrosion, elle lubrifie toutes les pièces… La fuite va tout simplement tuer le véhicule. Un peu triste quand tout l’intérieur est chouette et bien aménagé…

Peut-on réparer une fuite d’huile massive ?

Oui, mais c’est souvent une réparation importante et souvent assez chère. C’est bien pour cela qu’on vous conseille de fuir les véhicules avec de grosses fuites. Vous allez ramer pour rouler, dépenserez pas mal d’argent et pas mal de temps à vous préoccuper de vos flaques et de vos niveaux, et surtout, surtout, vous aurez beaucoup de mal à le revendre. Sauf si vous mentez… Mais ici on n’aime du tout pas les mensonges, donc vous n’allez pas mentir n’est-ce pas ?

Une petite fuite est-elle grave ?

Nous y voilà, et ça, c’est vraiment ce que nous avons appris (et le but de cet article). Une fuite type « quelques gouttes » (traces de gouttes, toute petite flaque), peu fréquente (vous ne la retrouvez pas systématiquement sous le van), avec des niveaux d’huile stables, qui ne baissent pas brusquement, et un véhicule qui ronronne bien : no worries.

Comme on vous l’a déjà indiqué, c’était notre cas à l’achat du van. Mais la discussion franche avec le garagiste, des PVTistes, d’autres amis kiwis, puis le reste du voyage ont totalement confirmé l’information ci-dessus. Si on a un van en Nouvelle Zélande, dans le merveilleux pays où l’on ne jette rien, il est normal d’avoir une petite « fuite » d’huile. Le véhicule pourra rouler encore longtemps, à la condition sine qua non d’être bien entretenu.

Notre conseil est toujours le même : soyez soigneux, soyez vigilant.

  • Ayez un petit bidon d’huile dans votre véhicule,
  • Vérifiez les niveaux d’huile une fois par mois,
  • Un petit coup d’œil sous la voiture voir si la goutte ne revient pas trop souvent,
  • Et surtout, faites la vidange et le changement de filtre à huile tous les 10 000 km (entre 100 et 150 $ NZ), c’est impératif.

Mais ne cherchez pas à tout prix le van zéro fuite, il n’existe pas (sauf neuf, mais à ce qu’il paraît c’est plus cher).

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